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Bore et brown-out : Ce travail qui ne fait plus sens

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par Nicolas Monier

Au fil des années, la souffrance au travail a pris plusieurs noms. Les concepts de bore-out et de brown-out font désormais partie des malaises plus ou moins récurrents chez certains salariés. Décryptage.

 
Les deux phénomènes du bore-out et du brown-out sont à distinguer. “Dans le cas du bore-out, on s’épuise à s’inventer des tâches que personne ne nous demande. Ce travail sans travail conduit les personnes à s’isoler, à culpabiliser. On ne se plaint pas quand on a un travail, on ne se plaint pas de ne rien avoir à faire ! Tellement de personnes sont surchargées ! C’est toute la confiance en soi qui est touchée mais aussi l’estime de soi”, expliquent Sandrine Ausset et Sylvie Serre, fondatrices du cabinet 600 phenix. En somme, le travail est d’un ennui à mourir. On tue le temps comme on peut en attendant que ça passe. Le cas de salariés souvent placardisés ou bien se mettant en retrait volontaire.

“Dans le cas du brown-out, on s’épuise à trouver du sens à notre travail, puis à notre vie car le sens est un besoin humain. On le fait pour le plaisir, pour obtenir un résultat ou tendre vers quelque chose qui est important pour nous”, ajoutent Sandrine Ausset et Sylvie Serre. Les salariés jugent les tâches absurdes et dénuées de toute forme d’intérêt. Pour un cadre, le sentiment en son for intérieur d’avoir fait le tour de son job en long, en large et en travers.

Ces syndromes de malaise au travail ont été diagnostiqués peu après les années 2000. Dans le cas du bore-out, le concept a été très bien décrit en 2007 par deux consultants d’affaires suisses, Peter Werder et Philippe Rothlin, dans leur ouvrage “Diagnose boreout”. Pour ce qui est du brown-out, on touche là initialement au secteur de l’électricité. Cela se traduit par une baisse volontaire ou involontaire de l’intensité pour éviter tout risque de surchauffe. “D’après une étude publiée par Corporate Balance Concepts, sur mille dirigeants américains interrogés, 40 % d’entre eux souffrent de brown-out”, note Pascal Grémiaux, fondateur d’Eurécia. Dans une étude cette fois-ci réalisée en novembre 2018 par Bilendi pour Indeed, le burn-out représentait le premier motif potentiel de départ des salariés (41 % des sondés). “Il est cependant rapidement rattrapé par le bore-out et le brown-out. Ce sont effectivement 27 % des sondés qui seraient prêts à quitter leur entreprise à cause du manque de sens offert par leur travail au quotidien et 13 % qui rêvent d’ailleurs, usés par l’ennui et le manque de défi de leur situation professionnelle”, explique Seval Foullane, responsable RH chez Indeed.

ennui-travail-bore-out

 

Identifier pour mieux soigner

Pour autant, si les anglicismes sont apparus récemment, les maux, eux, sont plus anciens. “Rien de nouveau sous le soleil, car bien que cette nouvelle terminologie soit nouvelle et tendance, elle ne fait que compléter la liste des malaises au travail. Ces phénomènes ne sont pas neufs, mais ils sont exacerbés par ces préoccupations nouvelles qui émergent depuis quelques années : le bien-être ou le bonheur au travail. Cette notion est relativement moderne et s’est développée en même temps que celle d’épanouissement au travail, d’équilibre vie professionnelle/vie privée, de gestion de la performance et, à l’opposé du spectre, de celle du harcèlement au travail ou de la pénibilité”, analyse Anna Gibert, coach professionnelle et psychologue du travail.

Il est toutefois nécessaire de théoriser ces nouvelles formes de souffrance professionnelles. “L’identification de ces phénomènes, de la quête difficile de sens (l’absurdité) à l’état d’ennui au travail (sous-sollicitation) tels qu’ils peuvent conduire à une forme d’épuisement général voire de dépression, permet également de ne plus seulement pointer la charge de travail comme unique cause de stress menant au burn-out”, note Elodie Brisset, psychologue sociale et co-fondatrice d’OurCompany, une application destinée à mesurer le bien-être au travail.

On le voit, les choses ne semblent pas aller en s’arrangeant. Surtout dans une économie où ceux qui ont du travail sont sous pression permanente car beaucoup d’entreprises continuent toujours à croire que cette pression est efficace et productive. “Ce n’est pas un hasard si des mots comme collectif, bienveillance ou encore sens reviennent dans les discours. C’est d’autant plus dommage que ce sont les meilleurs éléments qui finissent par se désengager ou tomber malade. On arrive donc à créer l’opposé de ce que l’on recherche en persistant dans cette croyance et à ne plus tirer parti des compétences des personnes”, analysent Sandrine Ausset et Sylvie Serre.

 

Tout peut se régler en amont

Pour éviter que ces syndromes tournent au vinaigre et conduisent à un burn-out plus grave, tous les experts s’accordent à dire que la prévention reste le meilleur des remèdes. Il est impératif d’impliquer davantage les ressources humaines. “Il est souhaitable d’organiser des rendez-vous réguliers, formels ou informels, tout au long de l’année avec un maximum de collaborateurs, même avec ceux qui ont l’air d’aller bien. L’idée est de repérer le plus tôt possible des dysfonctionnements dans un service. Ne pas hésiter à poser les questions suivantes : votre charge de travail est adaptée ? En avez-vous trop ? Pas assez ?  Ces questions sont certes déjà posées à l’occasion de l’entretien annuel de performance. Mais l’idée ici est d’anticiper au maximum”, préconise Anna Gibert.

bore out

 

Anticiper par l’explication

Les ressources humaines sont donc en première ligne, souvent prises entre le marteau et l’enclume. “On remarque que cette fonction a de moins en moins les ressources pour satisfaire les demandes d’évolution de poste : les salariés sont maintenus à un job dont ils ont fait le tour et s’ennuient. Pour sortir de l’ennui, ils sont amenés à dépenser de plus en plus d’énergie dans une tentative désespérée de retrouver le niveau de stimulation et la reconnaissance qu’ils ont connus alors même que l’organisation n’est pas prête à reconnaître et à utiliser cette surqualité”, concluent Sandrine Ausset et Sylvie Serre.

Bien entendu, la pédagogie fait aussi partie du processus. Pour que les collaborateurs retrouvent un sens à leur travail. Là aussi, c’est en amont que les choses se font. “Au-delà de confier des tâches qui se veulent gratifiantes ou motivantes, ces dernières doivent être expliquées de façon à ce que les personnes en charge comprennent ce pour quoi elles sont mandatées et n’aient pas l’impression d’être un simple pion sur l’échiquier. Tout cela semble être frappé au coin du bon sens mais reste encore parfois difficile à mettre en œuvre au quotidien. Il est primordial pour chaque responsable d’équipe d’en être conscient, d’adapter ses interactions et la façon dont nous fixons les objectifs et les responsabilités à nos collaborateurs”, ajoute Seval Foullane. Prévention toujours qui peut passer par la mise en place de préventeurs au sein des équipes.

“Des personnes avec de l’appétence pour le soutien d’autrui et qui, formés à détecter les signaux faibles, savent initier une action en réseau portée par l’entreprise”, note Xavier Alas Luquetas, dirigeant du cabinet Eléas. Mais encore une fois, s’il existe des ateliers, des meet-up qui traitent de ces sujets, lorsque le collaborateur est dans une situation de bore ou brown-out, seul un accompagnement rythmé, suivi et en profondeur permettra d’éviter l’engrenage infernal.

 

LIRE AUSSI : 

Bore-out, baisse de productivité : comment manager l’ennui
Brown-out : quand les salariés tombent malades à cause d’un travail vide de sens

 
 



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BALIKAN | Pagsubaybay ng Abante taong 1993, 1995 sa Sanchez rape-slay case!

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AbanteDigital #AbanteNews #NoToSanchezRelease #ThrowbackThursday.

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Bottes de septième ciel – Culture / Next

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Tiens ! La botte ! Comment éviter toute connotation sexuelle à cet objet profond, serré comme un fourreau, d’ailleurs fourré lui-même (pas dans les contes certes, mais on fait bien dire ce qu’on veut aux objets des contes). Du reste, ne dit-on pas proposer la botte à quelqu’un qu’on souhaiterait vivement chausser ? Botte de foin, de poireaux, de sept lieues (les voilà, on y arrive, je sais où je vais avec mes grosses sabottes), il est question ici dans l’expression de la botte secrète de Lagardère qui d’un coup d’épée pourfendait son adversaire, si tu vois l’idée de l’épée qui embroche son ou sa partenaire.

De l’épée au fourreau qui l’enserre il n’y a qu’un pas, un grand pas, puisque la botte de sept lieues qu’on retrouve dans le Petit Poucet et le Chat botté (et non pas le chas, ça va bien les allusions symboliques, les contes en sont déjà farcis, si on ose dire), permet de parcourir plus de 30 km en une seule enjambée. «Les bottes de sept lieues, explique Ghislaine Chagrot, spécialiste des contes à la BNF (1), tirent leur nom de la distance des relais de poste installés toutes les sept lieues à partir de Louis XI, ce qui équivaut à la distance qu’un cavalier peut parcourir au galop» : de 28 à 35 km, soit ce qu’un marcheur peut parcourir en sept heures. Leur rôle, comme les petits cailloux du Poucet abandonné par ses vieux dans la forêt (on passera sur les fantasmes d’abandon très présents dans les contes et correspondant à de fréquentes situations en ce siècle de famine), c’est d’aider le Petit Poucet. Elles appartiennent à l’ogre, haute figure d’agressivité orale et de père castrateur. Le Petit Poucet les lui tire discrètement et «à la fin du conte, vole toutes les richesses de l’ogre».

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Comme quoi, les plus humbles peuvent toujours s’en sortir car, comme aime à le répéter Bettelheim – si tu suis un peu, on rabâche depuis samedi sur la Psychanalyse des contes de fées – un conte, c’est le miroir de nos vies, une leçon qui peut en gros se résumer à «malgré les épreuves, la vie est belle». Au chat, que récupère le fils du meunier qui croit qu’il a pas de bol parce que ses frérots ont touché le gros lot, elles vont servir à donner la puissance humaine. Le conte du Chat botté, en ce qu’il est un peu amoral, avec pas vraiment de gentils pas vraiment de méchants, donne au petit lecteur la même idée que le Petit Poucet : tu vas t’en sortir, mon enfant, même avec de la ruse et de la tricherie (dans la vraie vie, tu peux te gratter). On peut y voir un récit initiatique basé certes sur le mensonge (le chat fait croire au roi que son pauvre maître est le marquis de Carabas et la princesse tombe in love du gueux en pensant que c’est un vrai prince, comme quoi l’habit fait le moine).

Les bottes ont ça d’intéressant dans le catalogue des objets merveilleux qu’elles peuvent aider à faire le bien ou le mal, selon qu’elles sont portées par le héros (le poucet) ou un personnage néfaste (l’ogre). Et c’est, rappelle Ghislaine Chagrot, «dans la Belle au Bois dormant de Perrault qu’elles apparaissent pour la première fois : lorsque l’accident arriva à la princesse, la bonne fée qui lui avait sauvé la vie en la condamnant à dormir cent ans fut avertie par un nain qui avait des bottes de sept lieues». Etant prévenue, elle peut revenir vite et endormir tout le monde pour éviter la panique.

Et puis la botte est accompagnée de chiffres magiques aussi, comme d’autres contes font régner les couleurs (rouge surtout). Le 7 est omniprésent dans le conte du Petit Poucet, il apparaît quatre fois : la fratrie est composée de sept garçons, l’ogre a sept filles, les bottes sont de sept lieues et le Petit Poucet est âgé de 7 ans. Et pour ceux qui n’auraient toujours pas saisi la valeur sexuelle distillée dans chaque conte, rappelons que ces bottes sont des fées qui s’ajustent à la taille de celui qui les chausse et «avaient le don de s’agrandir et s’apetisser selon la jambe de celui qui les chaussait», rappelle Ghislaine Chagrot. Plus tard, il est précisé qu’elles fatiguent fort leur homme. Et ? Non rien.

Samedi : le balai

(1) Centre national de la littérature pour la Jeunesse et coresponsable de la rubrique contes de la Revue des livres pour enfants.


Emmanuèle Peyret





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The Sarmenta-Gomez Rape Slay

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The sins of former Philippine Mayor Antonio Sanchez as convicted by the country’s Supreme Court Originally shown in « Crime Klasik. »

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